Quelques mots de moi encore aujourd’hui ici. Non pas que j’espère
que tu me lises. Je n’espère pas que tu me lises, ou alors pas avant longtemps.
Peut-être un jour quand tu seras vielle, ou alors dans les moments où tu apprendras
que je suis mort ou que je vais mourir. Et si ce genre de moment-là pouvait ne
pas avoir lieu avant quelque chose comme 25 ou 30 ans...cela m’irait pas mal.
J’écris là en t’adressant mes mots en pensées ; il ne
me reste que cela comme moyen, à défaut de communiquer avec toi, au moins de m'exprimer de moa à toa.
Cette nuit donc, j’ai rêvé de toi. Tu étais avec ma mère et d’autres
femmes, à une sorte de spectacle. Je ne saurais dire un spectacle quoi. J’y étais aussi, par
hasard. Surpris de vous y voir. Heureusement suffisamment loin de vous pour pouvoir me faire
discret. Ma mère, ma maman, n’a pas remarqué ma présence. Toi, si. 3Et bien entendu, un peu sur la
défensif quand tu m’as vu. Mais présence finalement toléré, vu que je restais à
distance, discret.
Nos regards parfois se croisaient subrepticement, en prenant
bien garde de ne pas s’arrêter l’un sur l’autre, l’un dans l’autre. J’ai l’impression
que j’évitais autant que possible de poser mon regard sur vous, sur toi surtout, pour ne pas te fâcher. Et que toi de ton coté, tu t’assurais que je ne regarde pas trop vers vous, façon "Reste à l'écart !". Ma simple présence dans ton voisinage étant toujours perçu comme une agression...
Tu
prenais soin de ma mère, l’aidant à se lever. Toi, aussi aidé d’une copine / d’une
de tes amies, ou collègues, ou les deux, je ne sais, qui était avec toi. C’était
beau. Ma mère était bien, empreinte de mélancolie ; mais bien et souriante.
A la fin du spectacle, vous avez proposé à ma mère d’aller
boire un verre, entre femmes. Ma mère au début ne voulait pas. Vous, toi
surtout, avaient trouvé les mots, les gestes, les intonations, les sourires et
les rires, à la fois justes et féministes en diable, pour la convaincre. Impression en moi qu’il y
avait là à choisir d’aller boire ce verre avec vous, une victoire de sa part
sur les soumissions de sa vie.
Je m’en sentais heureux pour elle, et admiratif
à ton égard. Je vous vois partir boire ce verre, ou deux, ou trois ; je vous revois comme vous voyez dans ce rêve en route
pour une soirée entre femmes.
Tu as eu un regard vers moi, seul moment où nos
regards se sont brièvement arrêté l’un
dans l’autre. Tu as esquissé un léger sourire, ce demi-sourire tout empreint de
douceur que j’ai toujours adoré chez toi. Je me suis réveillé en vous voyant
disparaitre dans la foule, bras dessus, bras dessous, avec ma mère. Il était de
mémoire un peu plus de 2 heures du matin. Je me suis réveillé ému.
C’est drôle je trouve que j’ai fait ce rêve cette nuit. Nous
sommes le 31 décembre 2021. Et je me souviens du 31 décembre 2011 « comme si
c’était hier ».
Ce 31 décembre là, je le passais seul à I.L.M. Toi, tu
sortais en boite avec « Dedette » que je ne connaissais pas encore.
Nous nous sommes appelés sur les coups de minuit, où un peu après, je ne sais
plus exactement. Ce coup de téléphone-là résonne encore en moi. Nous ne nous
étions encore jamais embrassé, jamais vu en tête à tête, n’avions encore jamais
fait l’amour ensemble. Pour autant c'est cette nuit là, il y a 10 ans aujourd'hui que je me suis senti tombe très, très amoureux de toi.
Sans doute quelque part au fond de moi, même à supposer que je finisse par rencontrer une nouvelle âme sœur avec qui ça marchera accroc pour la vie. Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir rembobiner le film !
C'est ainsi blablabal : je m’en veux toujours terriblement de toutes les erreurs que
j’ai commises, les choses que je n’ai pas su faire, les peurs idiotes que j’ai
eu, les croyances stupides que j’ai eu. Et pire que tout, les attentions que je n’ai pas su avoir
à ton égard alors que je me croyais plein d’attention ! Le plus con, c'est qu'aujourd'hui je saurais être tout ce que tu avais aimé en moi, sans commettre les mêmes erreurs, débarrassé de mes démons d'alors. Mais tu ne veux plus de moi depuis des années.
T. va finir cette année ses études de véto. En lot de
consolation, je me dis que si peut-être j’avais mieux pensé à nous deux, alors
peut-être aurait-elle moins bien réussi sur ce registre des études. Mais je
suis bien loin d’en être persuadé ! Mais il est des moments où je me raccroche à cela pour me dire qu'au moins quelqu'un y a gagné quelque chose. Même si la vérité c'est que j’ai vraiment été trop con.
Le 31 décembre 2011, j’étais seul à I.L.M. Ce 31 décembre 2021,
je suis à N. avec mon petit frère. Et je me demande où tu es toi. Ce que tu
fais, ce que tu t’apprêtes à faire. Et si tu auras une pensée pour le 31
décembre 2011, une pensée pour moi, une pensée pour notre histoire d’amour
échouée.
C'est idiot, je sais. Aussi idiot que de ne pas avoir su cultiver ton amour.